Le Palais ducal

Description

Lors des travaux de restauration et de réaménagement du Palais ducal, partiellement détruit par un grave incendie en 1872, deux architectes sont désignés : Emile Boeswillwald et Prosper Morey.
Le premier s’attache à restituer l’apparence d’origine du palais, passant outre les réfections ordonnées notamment par Léopold au XVIIIe siècle.
Le second dirige, en 1873, la construction d’une école primaire supérieure de garçons à l’emplacement de l’ancienne gendarmerie dans l’aile nord.
En dehors des sacrifices consentis aux besoins de la voirie pour l’élargissement de la Grande Rue et pour l’établissement d’une rue à coté de l’église des Cordeliers, la nouvelle école utilise autant que possible les fondations et les murs préservés lors de l’incendie. Cependant, Prosper Morey est confronté à un dilemme : rétablir le palais de Léopold ou revenir au palais antérieur, afin d'être en harmonie avec le dessein de Boeswillwald. Il trouve une solution de compromis : côté cour, il réédifie sans modification le bâtiment de Léopold, gardant la façade à trois niveaux, mais côté rue, la façade dans un style Renaissance est à deux niveaux. Elle reprend les dispositions générales de l’aile voisine (restaurée par Boeswillwald). Elle est toutefois percée de baies beaucoup plus grandes, et la porte semble faire référence directement à la porterie du palais.
Pour la distribution intérieure, les plans sont dressés sur le modèle de l’ancienne école (établie provisoirement dans le bâtiment de la bibliothèque) en tenant compte de l’expérience acquise dans l’usage du bâtiment et des préoccupations hygiénistes de l’époque (telles qu’une lumière naturelle suffisante, ou l’implantation de sanitaires).


La restauration faite par Prosper Morey est loin de faire l’unanimité, et des critiques se font entendre. Beaucoup considèrent que l’architecte a notamment dénaturé la partie nord du palais ducal par des ouvertures trop grandes, une surenchère de décors, mais aussi par la différence de style sur la façade de la Grande rue.
Christian Pfister écrit notamment : « Morey a eu tort de ne pas s’entendre, avant de faire les plans de l’école supérieure avec M. Boeswillwald, de manière à ce que le palais restauré et cette école formassent sur la Grande Rue un véritable ensemble architectonique. Il a réédifié simplement tel quel sur la cour le bâtiment de Léopold, en renforçant les ailes, et contre ce bâtiment il a édifié une façade Renaissance. Quelques détails de cette façade sont jolis : les festons que montre la gravure de Deruet ont été rétablis au-dessus des fenêtres. Mais pourquoi cette porte immense que surmontent de lourds ornements ? M. Morey a voulu avoir lui aussi sa porterie. Pourquoi ces balcons massifs, à l’imitation sans doute des balcons anciens, mais qui n’avaient point leur place ici ? Pourquoi n’avoir pas continué la crête de la toiture ? Les deux architectes ont voulu faire des œuvres indépendantes et, là où leurs travaux se sont rencontrés on voit, avec une grande stupéfaction, deux gargouilles presque l’une contre l’autre, malgré toute règle de symétrie : chacun a voulu avoir la sienne ». (Histoire de Nancy).
Quant à Pierre Marot dans Le vieux Nancy, il a un jugement encore plus féroce, car pour lui, la partie du palais ducal reconstruite par Morey n’est qu’« un pastiche du plus déplorable effet ».
Les locaux de l’école supérieure de garçons sont cédés au Musée lorrain en 1933.